Verser la lumière de France Cayouette
Tout d’abord je voudrais remercier les éditions David qui nous offrent cette fois-ci de superbes illustrations en pleine page. C’est, si mes souvenirs sont bons, une première dans sa collection haïku. J’espère que l’expérience sera renouvelée.
Dans verser la lumière (du thé), si les tasses se vident et se remplissent, les haïkus, eux, débordent de sensibilité. C’est rafraîchissant comme un thé glacé, désaltérant comme un thé parfumé, original comme un thé japonais.
sur mon bureau
ma vieille théière sans anse
pleine de crayons
« Un chemin au bord duquel je m’assois, ici et là, étonnée, émue parfois comme si j’assistais au début des temps. » Ce chemin, France l’a trouvé. C’est celui du haïku. On chemine paisiblement à ses côtés pour vivre ses instants, tristes ou gais qu’elle nous invite à partager.
minute de silence
les tousseurs se relaient
dans l’église bondée
bras de mer
des voix d’enfants ricochent
avec les cailloux
L’humour n’est pas absent, la profondeur ou la simplicité non plus.
ménage des armoires
sortir la porcelaine anglaise
de ta première blonde
après l’amour
n’être plus
que bruissement de feuilles
à dos de montagne
le ciel
bleu nuit
Bien sûr, je préfère ses haïkus pleins d’émotion et ses senryûs pleins de vivacité à ses poèmes brefs ou ses haïkus descriptifs. Mais l’ensemble est équilibré et le mélange des genres ne prouve qu’une chose : que France Cayouette sait conter la vie en haïku.
porte vitrée
lentement un navire
change de carreau
