Mon corps se revêt de paroles évanescentes. Un manque m’installe dans l’attente. J’erre jusqu’à l’étonnement. De simples lettres en témoignent sur la page. Elles se mettent en place, comme si j’avais trouvé la pièce manquante d’un puzzle. À cet instant flottant, le monde s’éclaire. Le mot traverse mon coeur et le papier. Puis souffle le vent et tout s’envole, sauf l’au-delà du vent et le non-savoir du haïku. Je cherche alors de nouveaux mots qui brûlent de l’intérieur, pour habiter le temps qui fuit.
Ma maison devient un berceau pour les haïkus à naître. Déjà, ils suggèrent le mystère, cultivent l’attention, explorent l’inédit. Le chemin reste à faire : départ vers la saison, marche en secret, contemplation des petites choses, traduction du silence en paroles, quête toujours recommencée. Et voilà la poésie, avec ses brassées d’ombre et de lumière, ce souffle profond qui veut durer, ce chant de nuit qui me fait entendre ce que je n’ai pas dit.
Je crois en la poésie qui fait advenir à la vie. J’écris comme j’écoute, en cette terre étrangère, si proche et si éloignée, lieu neuf d’enfance permanente et de partage. Je m’embarque sur tel mot, que je dénoue au fil du poème, du haïku, pour mieux entendre la musique du silence et goûter la brûlure du désir.
Le haïku m’appelle et me conduit, je m’abandonne à son pas. Je reviens sur son chemin, avant qu’il ne retourne au silence, et moi au vide, à l’ignorance, où je connais autrement. S’il ouvre à ce brin de clarté que l’on devine, s’il rend visible le rien dans les marges, alors le réel devient plus présent, plus exprimable.
Le haïku se fait chair discrètement dans le quotidien insoupçonné. Il va et vient, inutile et dépouillé, au rythme du poète qui lui fait écho en donnant le sang de son langage. Il arrache au moment éphémère cette part innommée d’invisible qui remet le quêteur sur le chemin de la source intérieure, où la parole débouche sur le silence amoureux, que l’on entend parfois entre les mots.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le haïku, ce rien qui s’efface, convie d’autres haïkus à la fête des mots et des images. La brièveté appelle ainsi son contraire. Cet art d’être bref se soutient dans le nombre. Plusieurs haïkus l’ont précédé, d’autres suivront, pour répéter sans décrire, varier sans raconter, respirer le parfum familier des saisons. Tel ce nouveau recueil qui donne voix à ce qui est humble et fragile, ce qui n’apparaît pas en premier aux métamorphoses du vent, de l’est au sud, de l’ouest au nord.
Jacques Gauthier, Haïkus aux quatre vents, David, 2004
